Chronique · Psychologie des groupes

L'effet de groupe expliqué : pourquoi vos collaborateurs se souviennent d'une soirée

Jean-Baptiste Clément
Jean-Baptiste Clément
Chroniqueur · Mentaliste & conférencier
Cocktail

Demandez à un collaborateur ce qu'il retient du dernier séminaire annuel de son entreprise. Dans neuf cas sur dix, il ne citera ni les ateliers, ni les contenus, ni même les annonces stratégiques. Il citera un moment précis — souvent un moment où il a été collectivement surpris, ému, ou stupéfait.

Ce n'est pas un défaut d'attention. C'est un mécanisme. La mémoire de groupe ne fonctionne pas comme la mémoire individuelle : elle s'organise autour de pics émotionnels partagés, pas autour d'informations transmises. Daniel Kahneman appelle cela peak-end rule ; les neuroscientifiques parlent d'encodage hippocampique renforcé par l'arousal partagé. Pour les organisateurs d'événements, la conséquence est claire : ce qui n'a pas été ressenti collectivement n'a pas été retenu.

Le moment de bascule

Dans tout événement d'entreprise réussi, il y a un instant que je nomme — par commodité — le « moment de bascule ». C'est l'instant où la salle cesse d'être une addition d'individus pour devenir un groupe. Sa signature est physique : un silence inhabituel, suivi d'un rire ou d'un souffle collectif. À partir de ce moment-là, la soirée existe.

Un événement réussi n'est pas un événement spectaculaire. C'est un événement dont l'intensité a été partagée.

Trois leviers que les organisateurs sous-estiment

Premier levier : la temporalité. Le moment de bascule ne survient jamais en ouverture. Il faut laisser au groupe le temps de se constituer — généralement entre soixante et quatre-vingt-dix minutes après le début effectif de la soirée.

Deuxième levier : la dramaturgie. Une animation isolée ne suffit pas. Il faut une montée, un palier, une bascule. C'est pour cela qu'un format unique de quinze minutes bien placé fonctionne mieux que trois animations dispersées sur la soirée.

Troisième levier : le silence. La plupart des organisateurs craignent les temps morts. Or l'attention collective se construit précisément dans ces creux d'intensité. Une scénographie sonore qui n'autorise jamais le silence empêche le groupe de se sentir exister en tant que tel.

Ce que vous pouvez en faire

Pas une recette. Une grille de lecture. La prochaine fois que vous briefez une agence, posez-leur la question : « À quel moment, dans le déroulé, attendez-vous le silence collectif ? » Si la réponse est floue, le programme est encore à écrire.

Jean-Baptiste Clément
À propos du chroniqueur

Jean-Baptiste Clément est mentaliste et conférencier. Il intervient depuis dix ans dans des comités exécutifs et des séminaires stratégiques d'entreprises françaises et européennes. Il signe chaque mois une chronique pour Le Carnet.

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